"CHOISIR"
LE REDRESSEMENT JUDICIAIRE
(résumé
succinct de la procédure de redressement judiciaire)
Le principe du redressement judiciaire est simple
La loi prévoit 2 procédures selon 2 étapes successives qui commencent par une période d'observation
L'ouverture de la procédure entraîne le gel des dettes contractées avant le redressement judiciaire
Des mandataires de justice sont désignés
Le dirigeant reste en fonction généralement
Le dispositif économique apporte des avantages
Le dispositif judiciaire apporte des contraintes
Le passif (les dettes antérieures)
L'issue de la période d'observation
Le
redressement judiciaire vise la mise en place d'un accord de ré étalement des
dettes auxquelles l'entreprise ne peut plus faire face.
En l'absence d'un dispositif judiciaire, comme un accord amiable (concordat)
entre le débiteur (l'entreprise ne réglant pas ses dettes) et ses créanciers
(le total des dettes constitue le passif de l'entreprise) n'est pas possible,
c'est le créancier le plus rapide (et/ou bénéficiant des sûretés : caution,
hypothèque) qui obtiendra un jugement et sera réglée au détriment des autres
créanciers et de l'entreprise qui cessera son activité, licenciera …. et
disparaîtra.
Le
législateur a mis en place, depuis très longtemps, un tel dispositif
judiciaire (voir : Historique ), avec différentes
priorités évoluant au cours des ans. Depuis une importante réforme, une loi
de 1985, récemment intégrée au code du commerce, privilégie dans l'ordre
" la sauvegarde de l’entreprise, le maintien de l’activité et de
l’emploi et l’apurement du passif".
Le
principe du redressement judiciaire est simple
: on bloque les dettes,
pendant un certain temps, puis on met en place un plan d'étalement du
remboursement (apurement du passif) de ces dettes. Ainsi on aboutit à un
moratoire judiciaire à travers un
plan de redressement par continuation (il faut d'abord rétablir des bénéfices
pour faire face aux dettes) et d'apurement du passif.
Mais
la loi de 1985, sensiblement modifiée en 1994, a appréhendé ce dispositif (les procédures collectives) dans
l'ensemble de sa complexité à travers un déroulement précis en plusieurs étapes
et des modalités spécifiques à chaque étape avec l'intervention d'acteurs
judiciaires spécifiques qui interviennent en tant qu'intermédiaires entre
d'une part l'entreprise et d'autre part le tribunal ainsi que les créanciers.
Le dispositif est également expiatoire puisqu'il est prévu des sanctions pour
ceux qui auront eu des comportements fautifs et ceux qui
ne respectent pas cette loi. Ainsi,
Le
dirigeant (appelé débiteur par confusion avec son entreprise) doit déclarer
la cessation des paiements dans les 15 jours auprès du greffe du tribunal sous
peine d'une interdiction de gérer voire d'un efaillite personnelle d'au moins 5
ans (art.xx ) - sanctions facultatives d'où un
traitement très inégalitaire.
L’art. 1 de la loi 85.98 devenue art. 620.1 du NCC (Nouveau Code du Commerce) est à la base de tout le dispositif : Il est institué une procédure de redressement judiciaire destinée à permettre la sauvegarde de l’entreprise, le maintien de l’activité et de l’emploi et l’apurement du passif".
Le
redressement judiciaire est assuré selon un plan arrêté sur décision de
justice à l’issue d’une période d’observation. Ce plan prévoit, soit la
continuation de l’entreprise, soit la cession ou à défaut la liquidation (xx).
La liquidation judiciaire peut être prononcée sans ouverture d’une période
d’observation. Ainsi, dès
la première audience, le tribunal peut
décider de :
- prononcer directement la liquidation si l’activité a cessé ou si le
redressement est manifestement impossible (art.
620.1
et L622.1),
- autoriser la poursuite de l’activité en ordonnant une période
d’observation
en général de un à plusieurs mois, dite période d’observation qui peut être
prolongée une
fois. Cette période d'observation doit être mise à profit pour établir un
bilan économique et social et des propositions de continuation ou de
cession. A défaut la liquidation sera prononcée (art.
L621.6 et
L621.54).
A tout moment il peut y être mis fin soit par cession, soit par liquidation.
La
loi prévoit 2 procédures selon 2 étapes successives :
- une procédure normale et une procédure simplifiée
pour les plus petites entreprises de moins de 20 millions de
chiffre d'affaires ou moins de 50 salariés (art.
L621.133).
- une phase d’observation d’une durée limitée pour établir
après enquête un bilan économique et social et élaborer une solution pour
l'avenir, puis un plan de redressement prévoyant, d'abord en cas
de chances sérieuses de redressement et de règlement du passif la continuation
de tout ou partie de l’entreprise, ensuite une cession à un tiers, à défaut
la liquidation judiciaire.
L'ouverture de la
procédure entraîne le gel des dettes contractées avant le redressement
judiciaire.
Pendant ce temps, l’entreprise continue à utiliser tous ses actifs et ses
moyens de production pour exercer son activité et surtout continue à encaisser
normalement.
Ceci
peut être résumé, selon :
| avant le RJ, votre entreprise avait : | pendant la La période d'observation, c’est comme une nouvelle entreprise | pendant le plan de continuation, c’est comme une nouvelle entreprise qui rachète l’ancienne |
| des dettes | Il n’y a plus de dettes "provisoirement" | vous réglez les dettes sur une durée jusqu'à 10 ans |
| des actifs et des stocks | vous les «utiliser» gratuitement | |
| des encaissements à recevoir | vous les encaissez |
Le
Tribunal compétent est celui du siège social réel pour une entreprise
française et du lieu d'activité principale pour les entreprises étrangères.
Cette procédure concerne les commerçants immatriculés au registre du commerce (personnes physiques ou morales y compris les EURL au sens du code du commerce) et les artisans qui relèvent du tribunal de commerce. Pour les agriculteurs et les personnes morales non commerçantes c'est le tribunal de grande instance qui est compétent (art. L621.5). Dans certains cas particuliers, notamment en cas d'extension de la procédure à des sociétés civiles immobilières ou des filiales c’est le premier tribunal saisi qui est compétent pour le groupe de sociétés. Sont exclues de cette procédure les autres professions libérales exercées à titre individuel.
Suite à la demande d'ouverture par le dirigeant ou sur assignation d'un créancier, sur saisine directement par le tribunal ou le procureur, le tribunal statue sur l'ouverture d'un redressement judiciaire, après avoir entendu et / ou convoqué et le dirigeant en Chambre du Conseil (art. L621.4) - réunion non publique.
Des mandataires de
justice sont désignés : un juge commissaire, un représentant
des créanciers (en cas de liquidation, il sera en général nommé
liquidateur et aura pour fonction de vendre les actifs de la société), un administrateur
judiciaire obligatoire dans la procédure normale et parfois dans la
procédure simplifiée. Ce dernier peut être chargé de la simple surveillance
jusqu'à à la reprise complète de la gestion selon les pouvoirs que lui
accordent le Tribunal.
Dans la procédure simplifiée sans administrateur simplifiée, le représentant
des créanciers exerce certaines fonctions prévues pour l'administrateur.
Le dirigeant ou l'administrateur doit, dés l'ouverture de la procédure, s'il
emploie un ou plusieurs salariés,
procéder
à une élection d’un représentant du personnel, élu soit par
le Comité d’entreprise, soit par les délégués du personnel, à défaut par
un vote de tous les salariés (art.
L621.8 et
L621.9)
et il sera convoqué à chaque audience du tribunal.
Le juge commissaire choisit 1 à 5 contrôleurs parmi les créanciers
qui le demandent.
Le
jugement est publié dans un journal d'annonces légale local et le BODACC
(Journal Officiel).
Des dépenses de publicité, des frais sont à prévoir pour les droits et
honoraires des mandataires de justice ainsi que pour les publications
judiciaires.
Le dirigeant
reste en fonction généralement,
dans la plupart des cas pendant
la période d’observation,et poursuit en son activité mais de façon plus ou moins restreinte.
Certaines décisions nécessitent l'accord préalable du juge commissaire, ou de
l'administrateur ou à défaut du représentant des créanciers.
L'administrateur,
à défaut le dirigeant doit indiquer les résultats de l'exploitation, la
situation de la trésorerie et la capacités de régler les nouvelles dettes
depuis le redressement judiciaire, à
tout demande et à chaque audience du tribunal.
Le
dispositif économique apporte des
avantages, le
jugement prononçant le redressement judiciaire entraîne :
- le gel des dettes de l'entreprise, il est absolument interdit de
régler ces dettes. Il est en particulier interdit de privilégier un créancier
au détriment des autres puisque la procédure d'apurement du passif est régit
par la Loi.
- la remis en cause de certains
engagements de l'entreprise Les contrats en cours peuvent être continués
ou résiliés. L'administrateur judiciaire (ou le dirigeant avec
accord du représentant des créanciers ?) dispose de trois mois pour décider
de la continuation des contrats. La poursuite de ces contrats entraînent alors,
comme pour de nouveaux contrats, le paiement des échéances normales.
- l'arrêt des intérêts des prêts en cours à moins d'un an,
- la suspension des poursuites judiciaires en cours sauf pour les
Prud'hommes,
- la possibilité de prise en
charge des salaires par l'AGS (province) ou le GARP (région parisienne)
Cela peut concerner les salaires du personnel qui arrivent à échéance ou qui
n'ont pu être effectué, les congés payés, les licenciements économiques
pendant la période d'observation et le mois suivant l'adoption d'un plan sous réserve
que l'entreprise puisse y faire face au remboursement. Mais cette avance est
assortie d'une priorité de remboursement,
- les nouvelles dettes, issues
des achats et contrats conclus après ou poursuivi depuis l'ouverture de la procédure,
doivent être réglées régulièrement.
Point
particulier : Le tribunal fixe la date de cessation des paiements
généralement à la date du jugement, celle-ci pouvant être modifiée ensuite
sans pouvoir être antérieure de plus de 18 mois.,
- l'abandon des pénalités, majorations de retard et frais de poursuite
du Trésor public et de l'URSSAF
Le dispositif
judiciaire apporte des contraintes, le
jugement entraîne :
-
le dessaisissement de la disposition des biens du débiteur
(vente, garanties accordées, compromis, transaction, …) tant que la procédure
n'est pas clôturée,
- la rémunération du dirigeant est fixée par le juge
commissaire,
- le remplacement du dirigeant si la survie de l’entreprise
l’exige,
- les licenciements économiques sont soumis à une décision du juge
commissaire,
- les réclamations des créanciers, réserves de propriété sont
soumises au juge commissaire.
La période d'observation a pour but de permettre les investigations des mandataires de justice. Dès votre première rencontre et au vu des pièces que vous leur aurez transmis, ils établissent un rapport sur la procédure et la situation de l'entreprise pour le procureur et le juge commissaire sous un à 2 mois, un bilan économique et social concluant sur d'éventuelles propositions de redressement par continuation ou par cession, à défaut demandant la liquidation.
Sa durée est limitée à quelques mois (avec une limite maximale de 4 mois pour la procédure simplifiée et 6 mois pour la procédure normale). Elle peut être prolongée une fois dans la même limite de durée (ou jusqu'au terme de l'année culturale en cours pour une activité agricole).
|
Type de procédure |
Durée initiale maximum |
Durée de prorogation maximum |
|
|
normale |
6
mois |
6
mois (exceptionnellement jusqu'à un total de 20 mois à la demande du
procureur) |
L621.6 |
|
simplifiée
(non agricole) |
4
mois |
4
mois |
L621.136 |
|
simplifiée
agricole |
4
mois |
jusqu'au
terme de l'année culturale |
L621.136 |
Il
est évident que la période d'observation ne peut être continué que si
l'entreprise fait face à ses charges de fonctionnement normales en étant
redevenue rentable. D'ailleurs à tout moment il peut y être mis fin et la
liquidation prononcée. Ainsi, chaque nouvelle
convocation du tribunal recèle un danger d'autant que le dirigeant n'aura pas.
Le
passif (les dettes antérieures)
Les créanciers sont représentés par un mandataire de justice. Ils doivent
produire (déclarer) leurs créances auprès du représentant des créanciers
dans les 2 mois suivant la publicité d'ouverture de la procédure. A défaut,
les dettes seront éteintes et cette extinction concernera aussi les éventuelles
cautions qui en profiteront. Le représentant des créanciers vérifie les créances,
En cas de contestation, le juge commissaire tranche et sa décision est
susceptible de recours.
L'issue
de la période d'observation
N'importe
qui peut faire une offre de reprise
Pendant
la période d'observation, le dirigeant (ou l'administrateur, s'il y en a un)
peut établir un projet de plan de redressement de l'entreprise. Ce projet de
plan doit présenter notamment les
résultats mensuels ainsi qu'un prévisionnel et comprendre des propositions précises
de règlement du passif.
Le juge commissaire fait rapport au tribunal en indiquant la solution qu'i préconise
à partir des propositions de redressement par continuation ou par cession, à défaut
il demande la liquidation judiciaire.
En
choisissant le redressement, comprenez que vous êtes sous surveillance
judiciaire à travers le juge commissaire et les décisions successives de
justice. Mais dans la pratique, ce sont les mandataires judiciaires (représentant
des créanciers et/ou administrateur) qui donnent le ton et orientent la
solution et ainsi font ou défont les entreprises. Alors, pour réussir un
redressement judiciaire vous devez :
1) arrêter les pertes et rétablir la rentabilité en le prouvant aux
mandataires,
2) outre indiquer votre préférence pour un plan de continuation, faire
admettre par les mandataires vos données prévisionnelles afin d'entraîner
leur appui de principe,
3) bien suivre les étapes de la procédure pour vous assurer que les
mandataires font effectivement ce qui est nécessaire pour maximiser vos chances
de succès.
mais n'oubliez pas que près de 95% des entreprises finissent en liquidation,
malgré l'appui de leur expert-comptable et / de leur avocat !
Avez vous vraiment le choix ?
Le dirigeant (appelé débiteur par confusion avec son entreprise) doit
déclarer la cessation des paiements dans les 15 jours auprès du tribunal.
Ce site peut vous apporter
voir projet 131